Morrígan — aussi appelée Morrigane, Mórrígu, ou simplement la Grande Reine Elle est la déesse irlandaise de la guerre, de la mort et du destin. Autant dire qu’elle n’est pas là pour distribuer des fleurs ?? : son domaine, c’est le champ de bataille, le sang, le cri des corbeaux… et la gloire des héros tombés. Souvent, elle ne vient pas seule : elle forme avec Badb et Macha (parfois Nemain) un trio redoutable de déesses guerrières, les sœurs du chaos. Mais dans certains récits, Morrígan est à elle seule toutes ces femmes à la fois, une entité unique aux multiples visages — tantôt séductrice, tantôt spectrale, toujours insaisissable. Son nom évoque Anu, une autre déesse mère, ce qui laisse penser qu’elle serait le versant sombre de la fécondité, celle qui détruit pour mieux régénérer. Elle peut apparaître sous forme de corbeau ou de vol de corneilles, suivant les armées, planant au-dessus des batailles pour désigner les vainqueurs et récolter les âmes des héros.
Les offrandes qui lui étaient faites n’avaient rien de symbolique : on déposait parfois dans des fosses les têtes coupées ou les corps des ennemis, en hommage à leur bravoure. Sinon, elle se contentait de butins de guerre, armes, bijoux, plumes noires ou fourrures, symboles de son lien avec les bêtes sauvages et les vents du carnage. Chez les Celtes, le plus grand honneur pour un guerrier était d’être abandonné sur le champ de bataille, offert aux corneilles car ces oiseaux n’étaient autres que les avatars de Morrígan, venue emporter leur âme vers l’au-delà. En somme, Morrígan est à la fois la mort et la mémoire, la peur et la fascination, la nuit qui veille sur le courage des hommes.
Une reine des ombres, mais juste et terriblement vivante dans la mythologie.